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samedi 10 mars 2018

Le clos du Jacquot. Cet article n’engage que son auteur.

A l’époque dont je veux vous parler, on prenait peu de photos. On croyait que ça durerait toujours...

Je viens de retrouver cette photo dans les archives de JVMC...

A l’époque dont je veux vous parler, on prenait peu de photos. On croyait que ça durerait toujours... Qu’il était grand ce jardin et plein de bons légumes ! Le maraîcher à deux pas du bourg du village avait un grand potager et pour mes petites jambes d’enfants, le Clos du Jacquot semblait bien loin et immense. Quand, par grande chaleur, nous descendions acheter des carottes, pommes de terre, petits pois, haricots, poireaux, laitues, nous entrions dans un lieu magique qui sentait la terre chaude et l’humidité de l’arrosage, nous suivions des allées rectilignes, avec de part et d’autre, des plants tracés au cordeau et en pleine croissance. Plus loin, nous passions le long de carrés de semis aux vitres disposées sur des planches en guise de serres ou relevées, avec les petites salades serrées les unes contre les autres, et nous allions au fond jusqu’à la réserve d’eau, une immense cuve de métal sombre, surélevée, qui nous dominait. Je me souviens de chaînes par terre, de courroies, d’un sentier rond autour. Plus tard, j’ai appris qu’un cheval tournait là et actionnait ainsi la pompe. Certains anciens de Marsannay se rappellent sûrement mieux que moi, alors trop petite, et pourraient expliquer le mécanisme de cet engin impressionnant.

Avec notre vieille grand mère, habillée de noir, et portant tablier et fichu, nous allions chercher nos légumes tout frais dans un panier et revenions parfois à pied par les sentiers de St Urbain mais le plus souvent par la rue du Rocher, une rue tranquille où passaient les vaches et où je sautais sur les larges dalles du caniveau. Ces dalles disjointes produisaient un son unique qui renvoyait l’écho de la canalisation qu’elles recouvraient... J’ai encore ce bruit dans les oreilles, nous étions fiers de l’avoir fait sonner clairement sous nos petits talons ! Avec mon jeune frère, c’est à celui qui produisait le plus joli son !

Ma grand mère évitait souvent de nous faire prendre les sentiers de St Urbain car elle craignait l’eau, les serpents, les puits... Elle nous parlait de la Mère Lousine qui allait nous attraper et nous attirer au fond de l’eau noire. Pour nous, les puits, c’était vraiment des monstres inquiétants, c’était le domaine des grandes personnes, nous respections les distances ; je crois qu’étant petite, je n’ai jamais approché de plus de 4m du puits et encore aujourd’hui, j’ai un réflexe de crainte dans les parages d’un puits, même fermé, même barricadé. Mon petit frère avait un peu moins peur de l’eau. Il se rendait en cachette avec des copains du village - celui de la rue Neuve et celui de la rue du Château - au puits à marche situé près du clos du Jacquot et là c’était la chasse aux têtards, ou l’observation des salamandres, des tritons et des libellules.

Mais au fait, pourquoi tous ces souvenirs remontent-ils ?

Parce que certains prétendent qu’on ne peut pas faire du maraîchage en St Urbain...

Pourtant, l’oncle André disait que les anciens disaient (Ah la tradition orale !) : "Voyez vous Saint Urbain, ce sont les rognons de Marsannay, les reins quoi, là où la montagne fait pipi si vous voulez..." effectivement ce cône de déjection a toujours été propice au maraîchage. Et l’on y trouve des fossiles de digonelles descendus des failles de la côte par le ruissellement.

Aujourd’hui, la permaculture nous apprend que l’on peut garder l’humidité dans des buttes, l’eau est toujours à disposition au fond des puits . ..

Aujourd’hui, on sait que la planète est en grand danger, nous sommes responsables de ce petit coin de terre qui peut être d’un grand secours pour les temps qui viennent.

Et nous ne saurions pas cultiver là où nos anciens savaient le faire !

Que faut-il encore pour comprendre enfin qu’il y a urgence ?

Odile

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Rencontres à la croisée des chemins

Pourquoi les jardins de Saint Urbain doivent-ils être protégés ?

Aujourd’hui, c’est un non sens de bétonner et goudronner une terre vouée au maraîchage depuis des siècles et qui est toujours cultivée par des familles à la recherche d’une alimentation plus saine, moins coûteuse et respectueuse de l’environnement et de la biodiversité. Cette terre de saint Urbain n’a jamais été aussi précieuse au moment où la ville tentaculaire se construit en étouffant la vie et où les décideurs cèdent aux promoteurs plutôt que d’être attentifs aux besoins des personnes, au moment où notre planète est en danger, la vie menacée, le monde déshumanisé... Se battre pour sauver Saint Urbain, c’est faire sa part de colibris, participer un peu à sauver ce qui peut encore l’être, à un éveil des consciences qui ne fait que commencer et qui permet à l’espoir de tracer son chemin vers l’avenir.